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Blogroll
Hello world!
12.6.2008 par admin.
Jacques Chêneau M.D.
39 rue des Chanterelles, 31650 Saint Orens FranceT. 0033 (0)5 62248819
Rappel dues principes révolutionnaires de l’appareil.
Le corset dit “de Chêneau” est basé sur deux mécanismes de base : le bending et les pressions gibbositaires transversales. Il y a pour chaque corset un accrochage sur l’une des crêtes iliaques et un seul, l’ancrage et la cohésion étant assurés par deux autres appuis d’un système trois points. Toutes les autres méthodes ont deux ancrages sur les crêtes. Chaque courbure est corrigée par un système trois points, chacun étant intriqué avec tous les autres. Les hémi-courbures haute et basse admettent comme point extrême un appui virtuel réalisé par l’effet dit “anti-gravitationnel”. Il importe que pratiquement tous les corset soient protégés contre la tendance à “déjanter” par deux appuis qui jouent le rôle de rails : en avant, sur le ventre inférieur droit, l’appui 37 et en arrière sur la fesse droite 34. Ces “rails” peuvent, selon les cas, se trouver ailleurs, mais ce n’est pas fréquent.
Il n’est pas possible de prévoir dès la fabrication une correction optima. Très souvent au contraire, elle est presque nulle le premier jour, car alors, il faut que les parties molles s’affaissent sous les appuis et que les tissus déformés esquissent leur migration. C’est au cours des réglages de la fin du premier mois, puis tous les trois mois, que la correction se précise. Il est souvent inutile de renforcer les appuis, la croissance y pourvoie. Il est fréquent que l’on doive les rehausser, et même rehausser des régions entière et parfois un demi-corset, car les tissus du tronc remontent sous l’influence des appuis. On profite de la modification pour optimiser la position de la région modifiée. Le plus important est d’augmenter le volume des chambres d’expansion, car il est fréquent que ces chambres soient remplies rapidement. On change le corset lorsqu’il y a eu une croissance en hauteur d’une dizaine de centimètres, car par expérience, les modifications sont alors difficiles, longues et aléatoires.
Site internet http://cheneau.info
Site additif plus récent http://cheneau.jacques.perso.neuf.fr
05/04/2009
Plus bas dans ces lignes, j’ai évoqué il y a quelques mois une plaquette des laboratoires que je nomme à présent : Labaz. Elle concerne la cyphose thoracique des adolescents, et les solutions proposées par des grands noms de l’orthopédie : je les cite à présent, R, J et P Ducroquet. Ils montrent les « principes d’action » des corsets et ajoutent : »Les vertèbres sont cunéiformes et le resteront ». C’est en vain que j’ai recherché l’adresse actuelle des laboratoires et des personnes nommées Ducroquet. Je n’ai donc pas pu leur adresser mes critiques personnellement. Les corsets schématisés sur la plaquette (voir un schéma identique figure 14 E F) étaient tellement absurdes et irrationnels que je pensais que personne n’avait suivi de tels enseignements. Mais j’ai interrogé des dirigeants d’ateliers d’orthopédie technique qui m’ont affirmé que cela s’était fait, et plus que probablement se faisait encore. Quant au fait que les « vertèbres resteront cunéisées », j’avais vu en effet beaucoup d’assez mauvais corsets qui n’avaient rien changé à la morphologie vertébrale, mais quelques uns dont j’avais pu obtenir des fabricants qu’ils fassent ce qu’il fallait : les vertèbres étaient redevenues absolument normales. Mais n’étant pas le chef des établissement où j’avais observé la chose, j’ n’avais pas pu obtenir une image valable.
C’est réalisé à présent. Je viens de recevoir trois radiographies, 2006, 2007, 2008, où les vertèbres ont pris une forme absolument normale après deux ans de corset tel que, depuis que je fréquente l’atelier « Orthospain « d’Evpatoria, en Ukraine, nous en confectionnant là-bas. Il y a plus de trente cinq ans que je recommande cette forme de corset et ces caractéristiques. Et c’est si simple qu’un enfant de huit ans comprend immédiatement.
Impossible de transférer les trois radiographies, qui m’ont été envoyées dans un format inconnu de tous mes logiciels, bien que j’aie pu les voir. J’y arriverai certainement un jour. Données contenues : En 2006, les vertèbres étaient fortement cunéisées Un corset a été confectionné. En 2007, la cunéisation était très diminuée, et en 2008, elle avait disparu. Morphologie vertébrale normale.
Mise à jour du 12/03.09.
GENERALITES SUR LES ORTHESES
Définition Les orthèses sont des appareillages orthopédiques destinés à redresser ou (et) à maintenir en bonne place et en bonne forme un segment de corps déformé et (ou) rompu.
Il semble que de tous temps, les soigneurs, quels que soient leur formation et leurs titres, aient tenté d’immobiliser un segment de corps déformé en utilisant des bandages et des tuteurs. J’ai personnellement connu des conditions primitives lorsque, blessé dans un désert où nous manquions de tout, mes soignants ont tenté de réduire et de maintenir ma fracture de cuisse par des lames de bambous et des bandages. La réduction fut bonne, car les soigneurs étaient habiles. La contention fut un échec. Le siège de la blessure ne permettait pas une telle immobilisation et ne le permettrait pas même actuellement même avec tous les moyens modernes. Seule la chirurgie aurait alors été et serait actuellement efficace. Il reste toutefois beaucoup de cas où une orthèse rationnelle souvent très simple suffit pour une guérison sans déformations secondaires dites « iatrogènes ». Mon but est d’en décrire les règles et leur application.
Rupture complète. Pas de point d’appui anatomique ferme, en place et indolore.
La continuité d’un membre peut être interrompue dans toutes les directions, par exemple par une fracture ou certains defects congénitaux. L’orthèse ne peut être alors constituée que par un tuteur solide et au besoin enveloppant, comme un plâtre. Il faut vérifier qu’il existe un ancrage : relief anatomique accusé, articulation pliée d’un certain degré. Une attelle, par exemple, tient très mal en place au niveau du genou faute de relief et parce que le genou doit le plus souvent être immobilisé en extension. L’un des moyens d’ancrer valablement une orthèse du genou est de réaliser une flexion à 45° de ce genou, comme sur une attelle de Brown, valable dans certaines indications. Figure 1, préparation d’une immobilisation de hanche. Ici, l’ancrage est réalisé très suffisamment par les reliefs anatomiques. Selon les cas, la chirurgie peut être supérieure parce qu’elle réalise souvent une reconstitution anatomique et physiologique parfaite.
Figure 1. Confection d’un appareil de hanche en polyéthylène. C’est ici une affection congénitale et non une fracture que l’on traite. Mais on doit considérer qu’il n’y a aucun point solide pouvant servir de centre de rotation pour la correction d’une déformation. Le but, une fois la déformation réduite, est de maintenir les deux parties en place jusqu’à stabilisation. Atelier Orthospine, Evpatoria, Crimée.
Rupture unilatérale d’un os, d’un ligament, d’un muscle. (Figures 2 à 8), ou déformation (Figures 9 à 15).
A la différence du premier cas, fracture, luxation et certaines dystrophies rompant de tous côtés la continuité osstéo-articulaire, il reste un fragment, osseux ou ligamentaire qui, intact, constituera un point de rotation, une « plaque tournante ». Seule la direction d’un segment est alors affectée, pas la continuité.
Dans ce type de pathologie, le rôle de l’orthèse est d’assurer une direction de l’articulation ou de la pièceosseuse à traiter.La continuité ne pose aucun problème sitôt l’orientation souhaitée obtenue. L’ancrage reste essentiel. Au tronc, appareillé par un corset, l’ancrage est réalisé par ce que l’on appelle le”pince-taille”. C’est la dépression de l’espace ilio-costal recherchée par le fabricant au stade du moule positif. L’ancrage du pince-taille est bilatéral pour les déformations axiales, antéro-postérieures, cyphose ou lordose. Il n’est qu’unilatéral et n’intéresse qu’un côté de taille pour les scolioses, mais alors cet unique point d’ancrage doit être complété par les deux autres du système trois point de la courbure considérée : voir détails beaucoup plus bas. Il faudra appliquer un ou plusieurs « systèmes trois points ». Un point au sommet de la déformation appuie sur la portion saillante. A chaque extrémité de courbure anormale se trouve un point d’appui à direction opposée. Ne jamais barrer la migration de l’apex vers la concavité. Cela est affirmé partout, mais pourquoi est-ce que presque personne ne respecte cette règle essentielle, et ceci dans tous les types d’orthèses ? Voici par ailleurs deux remarques : 1. Il faut pousser les appuis au maximum tolérable. Sinon, on n’obtient qu’une dépression des tissus mous insuffisante pour réduire et maintenir la position normale. 2. La pression d’un point gibbeux, anormalement saillant, s’accompagne habituellement, mais pas toujours immédiatement, d’un allongement de la zone déformée. Il faudra en tenir compte dès le stade de la fabrication du moule, sinon les ajustages au moment de l’essayage sont longs, inesthétiques et aléatoires.
Il faut et il suffit souvent de constituer un système trois points par courbure. Le point central appuie sur la convexité de la courbure et les deux points des extrémités appuient dans la direction opposée. Les deux lèvres de la zone rompue, os, ligament, muscle, ne se ressoudent pas ou se ressoudent en position vicieuse si aucun traitement n’est fait. Si une orthèse maintient la partie du corps blessée en position de correction ou mieux d’hypercorrection, les deux lèvres du muscle ou du ligament rompu, mais rapprochées par l’orthèse, se soudent en bonne position et reprennent leur fonction.
Figure 2. Schéma du haut : Une force F1 appuie sur le sommet de la concavité ; à chaque extrémité se trouvent des appuis, F2 et 3. Schéma du bas. Ne jamais, jamais placer le moindre obstacle à la migration vers la concavité des tissus du sommet déformé. Cela est exposé dans tous les manuels. Mais pourquoi se fait-il que presque personne ne respecte le schéma du haut ?
Lorsqu’il s’agit d’une déformation osseuse, le retour à la normale exige du temps. L’unité en est le mois pour l’enfant en croissance et l’ d’année pour l’adulte. Il faut réaliser des ajustages fréquents, trois mois, pour redresser la déformation par étapes.
Exemples. Rupture du tendon extenseur de la dernière phalange d’un index.
Nous prendrons en exemple la rupture au niveau de l’articulation P2-P3 du tendon extenseur de l’index. Cela survient à l’occasion d’un traumatisme souvent très minime, léger heurt sur un angle, par exemple, d’une table. C’est très peu douloureux, mais le doigt est en flexion d’environ 40°, et il se trouve que c’est très invalidant. Cette position vicieuse ne guérit jamais spontanément
Figure 3. A. Rupture du tendon extenseur de l’index. Blessure fréquente, à l’occasion d’un traumatisme très minime. Elle est peu douloureuse mais très invalidante pour la vie entière si aucun traitement n’est fait à temps. B. La prédominance du fléchisseur met et maintient la troisième phalange en flexion, environ 40°. Notons l’écartement des deux lèvres du tendon rompu. S’ils se ressoudent, ce sera dans cette position, d’ailleurs de façon précaire, et l’invalidité sera perpétuée. C. Il faut mettre et maintenir la troisième phalange en hyperextension. Ici, on a opéré et introduit une broche métallique qui maintient l’articulation en hyperextension et les deux lèvres du tendon en contact. D. Il est relativement simple de confectionner une attelle en hyperextension. Le résultat est le même que celui de la chirurgie, moins le risque infectieux. Mais le patient serait tenté d’enlever son attelle. Note technique : Ici, j’ai divisé le point d’appui central en quatre portions, une haute une basse deux latérales, pour ouvrir une fenêtre et ménager la zone blessée. Ce n’est pas toujours indispensable.
Une bonne attelle est certainement préférable à la chirurgie, mais si le patient enlève sans précautions son attelle (Il vaudrait mieux qu’il ne l’enlève pas du tout), tout est perdu. Après chirurgie, un patient opéré pourrait enlever sa broche, c’est presque indolore. Mais il ne le fait pas, car il sait qu’il ne pourra pas la remettre. De plus, l’existence d’une intervention chirurgicale donne beaucoup plus d’importance au patient devant lui-même, devant son employeur, la caisse d’assurances, un éventuel expert en invalidité partielle permanente, et à beaucoup d’autres points de vue. Cela fait qu’une même blessure est l’objet de beaucoup plus de considération si elle est opérée que si elle est traitée par une « simple attelle ».
Anecdote. Lorsque j’exerçais, il y a une trentaine d’années, une violoniste professionnelle de haut niveau m’a consulté pour rupture du tendon extenseur de son index droit. Conscient de l’énorme responsabilité, je consultai un chirurgien orthopédique de très haut niveau et de haute notoriété, que j’admirais et que j’admire encore beaucoup. Il fit un plâtre prenant le poignet et maintenant le doigt en position indifférente, un peu fléchie. La chose fut compliquée par une algodystrophie, trouble grave, douloureux et durable ayant entre autres conséquences une décalcification intense de l’os. Cela finit par des douleurs durables et une raideur en mauvaise position semi-fléchie. L’articulation entre première et deuxième phalange avait été enraidie elle aussi. La violoniste dut se recycler en pianiste et sa carrière fut compromise.
Deuxième exemple, la fréquente rupture de deux muscles rotateurs de l’épaule.
L’épaule articulaire se compose de deux surfaces : L’humérus a une surface en contact de presque trois quarts d’une sphère. La glène de l’omoplate est une petite surface à peine arrondie en creux. Comment se peut-il que le bras parcoure dans les trois plans de l’espace des mouvements d’une amplitude de l’ordre de 270°sans se déboiter ? En plus, pour chacune de ces innombrables positions du bras dans l’espace, il y a une possibilité de rotation d’environ 130°. L’explication est que la minuscule portion de sphère creuse est prolongée par des muscles, qui en plus de leur rôle cinétique, élargissent la portion de sphère creuse grâce à une synergie extrêmement complexe. Pour tout mouvement, pour toute position du bras dans l’espace, il y a une partie de ces muscles qui se raidissent en réalisant un segment de sphère prolongeant électivement la cavité de la cupule de l’omoplate.
En simplifiant au maximum, voici un cas très fréquent, la rupture de la coiffe haute des muscles rotateurs de l’épaule, le sus-épineux et le long biceps. Figure 4A, il y a une épaule droite couverte par le muscle le plus superficiel, le deltoïde. Dans cette position bras au corps ou peu écarté, les faisceaux inférieurs du deltoïde appliquent la tête humérale sur la cavité articulaire de l’omoplate. Mais ses faisceaux supérieurs ne peuvent pas écarter le bras (en « abduction »). Le bras de levier ne s’y prête pas. La tendance serait de luxer la tête humérale en haut (Flèche).
Figure 4 A. Epaule bras au corps. Le muscle deltoïde, ne peut qu’appliquer la tête humérale contre la cupule de l’omoplate et attirer l’humérus vers le haut, pas vers l’abduction. B. Ce sont deux muscles, le long biceps et le sus épineux, qui initient l’abduction, et qui prolongent en haut la cavité articulaire de l’omoplate, empêchant la tête de se luxer vers le haut. C. Abduction passive préalable de 45°. Le deltoïde est à présent abducteur
Figure 4 B sont deux parmi les muscles profonds de l’épaule. Le sus épineux s’insère sur la surface arrière supérieure de l’épaule. Il chemine dans une sorte de voûte ostéo-ligamentaire dépendant de l’omoplate, puis il s’insère sur une tubérosité de la tête humérale, le trochiter. Le muscle long biceps s’insère sur la partie moyenne de l’humérus, remonte en un long tendon tout autour de la tête et s’insère sur le bord supérieur de la cavité articulaire de l’omoplate. Ces deux muscles ont des trajets exactement opposés et, dans celle de leur partie en contact avec la tête humérale, se contractent électivement pour prolonger la surface articulaire de l’omoplate. Lorsque le bras est appliqué au corps ou peu écarté, ils se joignent, dans leur contraction, à celle du deltoïde pour améliorer le bras de levier de l’abduction du bras. Lorsqu’ils sont rompus ou détériorés, la tête a tendance à se luxer vers le haut sous l’influence du deltoïde (Flèche 4A). Cette situation est très douloureuse et entraîne une invalidité importante. Figure 4C, même si les muscles sus épineux et long biceps ont été rompus, on a mis passivement le bras en abduction, ici, de 45° supplémentaires, par exemple en le soulevant par l’autre main. Dans cette position, le bras de levier offert au deltoïde est suffisant pour réaliser une abduction sans obstacle (Flèche 4C) et sans l’aide des rotateurs de l’épaule.
Figure 4D. Rupture des muscles sus-épineux et long biceps. Les chefs sont séparés par la rétraction. A toute tentative d’abduction active, la distance des lèvres augmentera et la tête tendra vers la luxation haute par les fibres hautes du deltoïde. Cette tentative est très douloureuse.
Figure 4 E. Humérus mis passivement en abduction, plus 25°, ici par traitement d’image. Les lèvres des muscles rompus se sont rapprochées, jusqu’au voisinage du contact. Il y a tendance à constitution de ponts, probablement fibreux, entre lèvres musculaires et tendineuses. Le tissu reconstitué ne peut pas ne pas être fragile.
Le traitement non sanglant de la rupture des deux muscles consiste à éviter toute abduction active partant du bras au corps et jusqu’à environ 50°. Au-delà, les mouvements sont absolument libres. Il faut mettre le bras en abduction passive le plus souvent possible : A table, faire fi des règles de convenance et qui sont en grande partie responsables de la rupture des deux muscles : On mettra deux oreillers sur la table à côté de l’assiette du côté blessé et on y posera le coude. La nuit, s’habituer à mettre passivement le bras au-dessus de la tête et l’y maintenir. C’est possible, je le fais. Dans la journée, porter une attelle d’abduction, il y en a de plusieurs sortes, gonflables ou avec un « hamac pour membre supérieur » en biellettes assemblées et surfaces où doivent reposer le bras et l’avant bras. Ne jamais attacher bras et avant-bras à l’attelle par bandes ou sangles. Au-dessus de 50° d’abduction, les mouvements doivent être absolument libres.
L’auto-observation est un moyen d’étude particulièrement fidèle, car le scientifique a alors la possibilité d’observer la moindre de ses propres réactions. J’ai ainsi, pendant une trentaine d’années, pu observer l’évolution d’une rupture du sus épineux et du long biceps. Une invalidité des membres inférieurs m’interdisait presque tous les sports. Il en restait un, le kayak, qui ne mobilise que les membres supérieurs et le tronc. Un jour, dans un passage particulièrement difficile, ma pagaie fut prise dans un contre-courant. Cela contraria violemment le mouvement que j’avais commencé. J’ai perçu un craquement et fait immédiatement le diagnostic. J’ai pratiqué le traitement décrit plus haut par attelle et postures. J’ai fait le maximum de mouvements possibles avec mise en abduction passive préalable du bras. Les symptômes se sont atténués en quelques semaines sans changement autre de mon mode de vie habituel. Au long des décennies, j’eus quelques rechutes, car on ne peut pas prétendre reconstituer les muscles rompus dans leur intégralité et dans toute leur solidité. J’ignore les résultats et la durabilité de la chirurgie en pareils cas. Mais je doute que, dans ce cas aussi, la normalité soit rétablie par chirurgie sans fragilité. A chaque rechute, j’ai fait le même programme, attelle et postures. La dernière rechute, trente ans après, est survenue par suite d’un non-respect de la diminution d’activité due au grand âge. J’ai voulu à quatre vingt ans effectuer un petit travail d’entretien de la maison comme je le faisais dix ans auparavant. Le soir, je n’étais même pas fatigué. Mais le lendemain, j’avais une impotence complète de l’épaule, très douloureuse. Une échographie confirma la rupture des deux muscles. Orthèse et postures ont été plus longs que d’habitude à restaurer quasi-normalement : un peu plus d’un an. Une personne de mon voisinage, plus jeune d’une trentaine d’années, a eu une pathologie exactement identique, confirmée par imagerie. Elle a été opérée. Je crois savoir qu’après un an et demi et de nombreuses séances de rééducation, elle n’a toujours pas repris son travail qui exige de porter souvent des enfants en bas âge.
Troisième exemple. Luxation du semi-lunaire.
Le tout petit osselet semi-lunaire fait partie des os de la main, s’articule en haut avec le radius et en bas avec le grand os. La luxation n’est que peu douloureuse, à peine plus qu’une gêne. Elle survient aux mouvements de flexion du poignet. On la réduit facilement et presque sans douleur par un coup de pouce. Au moment de la consultation, il y avait un témoin impliqué dans la vente de matériel chirurgical. Il a beaucoup insisté pour que l’on consulte un chirurgien en vue d’une opération. Qu’aurait-il pu être fait ? Peut-être une exérèse très simple de l’os. Peut-être une reconstitution avec greffe de l’aponévrose et des ligaments maintenant l’osselet en place, et qui ne peuvent pas ne pas avoir été déchirés dans la luxation. Dans les deux cas, l’avenir est incertain et les complications possibles, notamment l’infection. J’ai confectionné une attelle semi-active, qui maintenait le poignet en hyperextension tout en autorisant un supplément actif d’hyperextension. Je n’en ai pas la photographie, elle est un peu identique à l’attelle de la figure 6, qui, elle, maintient en extension modérée et en flexion radiale.
Figure 5 A. Vue dorsale des os du carpe. L’osselet semi-lunaire est au milieu de la rangée proximale.
Figure 5. Luxation de l’osselet semi-lunaire (Schéma). A. Osselet en place. Les ligaments qui le retenaient sont brisés. Cet état parait normal, mais est fragile, car le moindre mouvement le luxe de nouveau : B. Etat luxé.
Pour traiter la luxation du semi-lunaire, il suffit de maintenir le poignet en hyperextension assez longtemps pour que la luxation ne se reproduise pas (Trois à six mois), en espérant qu’un tissu fibreux se reconstituera et maintiendra le résultat après cessation du traitement. Attention, une seule récidive oblige à reprendre le traitement pendant plusieurs mois, comme au début. J’ai revu le luxé, rencontré par hasard, douze ou quinze ans après. Il avait oublié sa luxation. Il avait porté l’attelle à temps presque complet quelques mois, en prenant garde à maintenir son poignet en hyperextension quand il quittait l’attelle. Il était guéri sans la moindre séquelle.
Autre exemple simple. La très fréquente épicondylalgie, et la non moins fréquente maladie de De Quervain. Cette dernière provoque une douleur « exquise » sur la face dorsale du poignet, au-dessus du pouce.
Figure 6. Orthèse semi-active destinée à mettre au repos les muscles radiaux en position courte. Un système trois points maintient le poignet en légère extension et flexion radiale. Le système trois point interdit le mouvement de flexion-flexion cubitale du poignet, qui allongerait les radiaux et irriterait leur zone malade. Il autorise sans restriction le mouvementextrême d’extension inclinaison radiale qui, agissant sur un muscle raccourci dans sa posture de base, n’est pas douloureux et a un effet rééducatif. Il faut rechercher cet effet sous attelle, par des mouvements lents et soutenus. Un enfant de dix ans comprend immédiatement.
Figure 6C. Même orthèse, ficelée comme il est habituel de le faire partout. Il n’y a pas de système trois points. Tous les mouvements sont inhibés, ceux favorables à la guérison autant que ceux défavorables. Il est extraordinairement difficile de faire comprendre cela aux « spécialistes hautement qualifiés ».
Les deux muscles radiaux d’un avant bras, en se contractant, mettent la main en extension et flexion radiale. En cas de mauvaise utilisation de ces mouvements, le patient peut souffrir soit au niveau de la gouttière radiale du poignet (maladie de De Quervain), soit à l’autre extrémité, au coude où les muscles radiaux s’insèrent sur l’épicondyle. Le traitement consiste en une attelle de mise en repos des deux radiaux en position courte. On renforcera ces deux muscles en faisant exécuter sous attelle des mouvements lents mais très soutenus qui augmentent encore l’extension et l’inclinaison radiale du poignet. Ces mouvements sont possibles et non douloureux car électivement autorisés par l’attelle et son système trois points.
Au tronc, fracture en coin d’une vertèbre. Lombalgies discales. Dystrophies.
Abordons un sujet proche de la scoliose, pour laquelle je suis spécialisé. Lors d’un traumatisme important, une vertèbre peut se rompre sur toute son épaisseur, avant, arrière et deux côtés. Il y a alors déplacement, au minimum compression de la moelle épinière et au pire sa rupture. Ce cas ressort d’un traitement médical et chirurgical important et extrême urgent. Sans traitement immédiat, l’œdème de la moelle épinière survenant dans une cavité osseuse donc inextensible interrompt la circulation sanguine et détruit les fibres nerveuses de la moelle qui seraient restées intactes. La paralysie des deux membres inférieurs est alors totale et définitive. Dans le traitement médical d’urgence, il y a les dérivés de la cortisone qui s’opposent à la formation de l’œdème. Cela permet la conservation des fibres laissées intactes par l’accident. La chirurgie peut alors intervenir selon les données de l’examen, par réduction de la déformation, enlèvement d’une esquille ou autres actions ciblées. Ce n’est qu’au stade de consolidation des lésions osseuses que le patient sera relevé sous corset simplement habillant.
Mais il y a beaucoup de cas où le traumatisme est moins violent, et la vertèbre simplement tassée en avant en coin. La douleur est celle d’une fracture mais il n’y a pas de lésions neurologiques et le pronostic est excellent : guérison avec séquelles variables notamment selon le traitement, avec cessation des douleurs après deux ans. Voici deux anecdotes concernant ce genre de fractures-tassement incomplètes d’une vertèbre lombaire.
Alors que j’exerçais dans une clinique chirurgicale allemande, je vis en consultation une jeune femme qui avait fait une chute par effondrement d’une tribune. Elle avait été transportée dans une clinique et immédiatement opérée. La chose s’était passée aux Etats unis d’Amérique où les chirurgiens sont particulièrement actifs. Après convalescence, la patiente revint dans sa patrie, l’Allemagne. Le premier médecin qui la consulta alors l’adressa de toute urgence à notre clinique pour enlever le matériel métallique implanté par le chirurgien américain. Il touchait l’artère aorte et risquait à tout instant d’en rompre la paroi. La patiente fut réopérée, le métal enlevé, et les suites furent simples, guérison rapide sans séquelle.
Une dizaine d’années plus tard, voici un cas, exactement le même à l’origine, qui aurait pu être parallèle, et qui me concerne personnellement, encore une auto-observation. J’avais quitté l’Allemagne mais j’y retourne souvent aux fins d’enseignement. Entre deux prestations dans les universités de plusieurs villes, c’était à Mayence, je fis une chute au cours d’une correspondance entre deux trains, rendu maladroit par les séquelles de ma blessure et encombré par mon bagage et mon ordinateur. Je sentis et entendis un craquement que je situai à hauteur de ma première lombaire, et diagnostiquai immédiatement une fracture, de l’os ou du disque intervertébral. Je pris des comprimés antalgiques, participai le lendemain à la session scientifique prévue, à Dortmund, où je fis ma communication. Je repartis le jour même en train pour Offenburg où, les deux jours suivants, je fis des consultations. La nuit suivante se passa dans le train avec un long et pénible changement à 3 heures de la nuit. Arrivé chez moi au milieu de la matinée, je mis enfin le corset que je portais depuis des années de temps en temps pour des douleurs lombaires en relation avec ma blessure ancienne. Il s’est trouvé que ce type de corset convenait parfaitement aussi aux fractures comme la mienne, ainsi d’ailleurs qu’à desdystrophies dont nous parlerons plus loin. Un peu de repos relatif et beaucoup de gymnastique appropriée m’aidèrent à consolider vite. Je portai le corset pendant trois mois, et les douleurs disparurent après deux ans, comme je le prévoyais. Je n’ai absolument aucune séquelle de cette fracture. Heureusement, je n’ai pas rencontré un chirurgien fanatique des opérations, comme mon ancienne patiente aux USA.
Figure 7. Corset anticyphose lombaire. Je l’ai fait fabriquer en Pologne au cours d’un stage d’enseignement, alors que j’avais des lombalgies intenses. Il maintient les lombes en lordose indifférente et s’oppose aux mouvements en cyphose. Indiqué dans beaucoup de lombalgies et sciatiques, de dystrophies lombaires et, comme ici, de fractures avec tassement antérieur, mais intégrité du mur postérieur de la vertèbre. Je l’utilisais au besoin pour mes lombalgies. Il m’a servi pour ma fracture.
Figure 7 Remarque. Cette radiographie a été réalisée trois ans après mon accident. La vertèbre est restée cunéisée. Elle le reste toujours, et il est bien inutile de tenter de la redresser, comme le fit le chirurgien américain pour ma patiente allemande. Mais la texture osseuse est rétablie. La discrète cyphose induite par la cunéisation est compensée par le baillement des disques sus- et sous-jacents Des études de Harrington (vers 1961) et de Ilizarov (1992) tendent toutes deux à indiquer qu’un os brisé ou opéré est assez solide après deux ans, mais qu’il n’est totalement remanié qu’après six ans. J’ai traduit et commenté l’une de l’anglais l’autre de l’allemand. Cela doit certainement varier avec l’âge, le degré d’effraction osseuse, et l’accompagnement du traitement, passif ou gymnique.
Figure 8. Schéma réalisé à partir de vertèbres et représentant les lésions dans une lombalgie aigue A et C, disque sain. B : Lombalgie avec attitude scoliotique. J’ai obtenu d’excellents résultats avec des plâtres inclinés vers l’arrière et le côté convexe. E. Le corset de la figure 7 est très efficace, mais prudence, et éviter la mise en charge à la phase aigue.
Ce genre de corsets vaut aussi dans les fréquentes dystrophies lombaires avec cyphose. Cela annonce les déformations congénitales ou acquises sans rupture d’os, ligament ou muscle.
Voici une dystrophie vertébrale généralisée dont il a fallu traiter la portion lombaire, siège d’une cyphose angulaire. Figure 9. Le corset de la figure 7 conviendrait.








